A l'écouter il n'avait pas le choix.
Les pieds noirs dans le plâtre, c'était peindre ou vivre;
mais vivre avec le bruit et la fureur du monde qui cogne
dans le cerveau, vous esquiche l'âme, vous esquinte la vie, vous esquagasse l'existence et vous broie dans le commun. Alors il s'y est collé, s'est frappé les cours, les esquisses,
les croquis et les gars l'air de rien.
Ça sentait le camphre et l'acrylique, et sur la toile débordait un univers à la fois intime et partagé que la figuration libre a fini par dompter sans jamais enfermer.
Derrière la carapace de l'hidalgo florentin de Besagne bouillonnaient le cœur de la ville, les formes et les lumières de la méditerranée. Les tableaux prenaient l'accent de la rue du Canon, les odeurs du cours Lafayette et les couleurs de la rade où se mêlent sang et or, rouge et noir dans la mêlée des corps qui se frôlent, se heurtent ou se vendent.
Depuis, la pelle du large a renfloué le minot, on l'accroche à New York, Hambourg, Hong Kong, Berlin ou Paris,
trois douces veillent sur lui.
Mais l'appel du rosé frais sous les canisses et le cagnard avec les collègues ramène inlassablement ce tendre cynique à son miditerritoire Le kakou au cœur tendre assume ses fêlures, il livre sur la toile le fin fond de ses tourments, de ses sentiments. Y'a du bordel dans le teston, il le jette sur la toile et le partage à travers une œuvre sans cesse mouvante, au gré des rencontres, des accidents de la vie et d'un talent qui s'enrichit de la nécessité de vivre et de partager.
…Putaiin ! Tu connais Vigo ?
…Qui…le peiintre…?
…Ouai, c'est un mec bonard…
Michel Ceccarelli |
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